La miséricorde signifie d’exercer l’amour du prochain dans des situations difficiles


DSC_0993La Sainte Porte de Bethléem a été ouverte le 24 décembre 2015, celle de Nazareth le 27 décembre. Mgr Marcuzzo, évêque auxiliaire de Nazareth, souligne que le pardon prend également une dimension politique en Terre Sainte.

« L’Année sainte de la Miséricorde est très importante pour la Terre Sainte. Il lui revient une dimension spirituelle, mais aussi sociale et politique », a souligné S.E. Mgr Giacinto-Boulos Marcuzzo, vicaire patriarcal et évêque auxiliaire du patriarcat latin d’Israël dans un entretien accordé à l’AED en décembre 2015.

Domicilié à Nazareth, en Israël, l’évêque déclare que la Sainte année de la Miséricorde proclamée par le pape François devait transformer non seulement chaque chrétien, mais aussi l’ensemble de la communauté chrétienne. Ils sont indissociables, assure Mgr Marcuzzo.

« Cette année offre une possibilité de croissance dans la foi et dans l’amour actif du prochain. La miséricorde signifie d’exercer l’amour du prochain dans des situations difficiles. La Terre Sainte, cependant, vit dans des circonstances telles que chaque chrétien croyant est appelé à livrer un témoignage héroïque de l’amour. » L’évêque explique que pour chaque individu, le fruit principal de l’Année sainte est la redécouverte du sacrement de la Pénitence.

« Mes espoirs portent d’abord sur un retour plus mature, plus conscient et plus adulte au sacrement de la Confession. Cela concerne en premier lieu l’individu, tout en ayant aussi des dimensions sociales. En effet, l’être humain prêt à revenir sur ses pas peut concevoir d’entrer au service des autres. Nous espérons qu’il s’ensuivra ainsi plus de solidarité et d’altruisme. Le chrétien doit s’avérer plus comme un frère de son frère. C’est valable pour les relations que les chrétiens entretiennent entre eux, mais aussi par rapport aux fidèles d’autres religions, qu’il s’agisse de musulmans, de juifs ou de druzes. Il faut accepter l’autre dans sa différence. »

L’évêque auxiliaire souligne que l’un des aspects essentiels de la miséricorde est la disposition à accorder le pardon. Au vu du conflit israélo-palestinien, le discours autour du pardon représente naturellement un défi particulier pour les chrétiens de Terre Sainte, majoritairement Palestiniens. « Les gens me demandent actuellement comment il peuvent vivre la miséricorde et le pardon face à des injustices tellement grandes comme les guerres et la violence qu’ils subissent. Il n’est pas facile d’y répondre. Mais une chose est claire. Nous ne pouvons pas agir avec miséricorde d’un côté et cesser d’exiger la justice. Nous devons concilier ces deux éléments. L’Église n’exige pas de nous de faire preuve de miséricorde et de renoncer à exiger la justice. » Mgr Marcuzzo avance des exemples tirés d’autres contextes. « Naturellement, pour nous, Jésus-Christ est l’exemple par excellence comment cela peut fonctionner. Mais après Lui aussi, il y a eu des personnes qui ont tenté de concilier miséricorde et justice. À mon avis, Gandhi par exemple a vécu cela de manière exemplaire dans son contexte. Cela peut aussi nous inspirer en tant que chrétiens en Terre Sainte. »