« VERSE EN TOUS LE DÉSIR D’UN PARDON MUTUEL »


Un conte pour la réconciliation en Bosnie-Herzégovine

III construction phase of the Archbishop's Youth Ministry Centre John Paul II (Ivan Pavao II) in SarajevoZdravko, Almir et Dimitrije, tous dans la quarantaine, sont assis au comptoir du restaurant, en train de siroter leur café noir du matin. L’atmosphère semble calme, presque encore endormie. Le chaud soleil de l’été règne déjà sur les rues de Sarajevo et si l’on veut y survivre, il vaut mieux se mettre à l’abri et garder son énergie.

Ils sont là : Zdravko, Almir et Dimitrije, assis, les jambes étirées dans une position presque à demi inclinée. Ils ne disent rien. Ils pourraient partager l’une de ces conversations qu’un anthropologiste, un sociologue ou un théologien mourrait d’envie d’entendre. Mais, ils sont déjà morts une première fois. Zdravko est un Croate et catholique, Almir est Bosniaque et musulman, Dimitrije est Serbe et orthodoxe.

Vingt auparavant, ils auraient ri aux éclats, parlé de tout et de rien, ou bien expliqué à l’un et l’autre sa religion. Ils se seraient écoutés attentivement, avec ouverture, curiosité et respect mutuel. Mais, ces jours de bonheur vont tourner à l’horreur. Zdravko, Almir et Dimitrije vont être forcés de se tourner les uns contre les autres. En seulement trois ans, la guerre aura pris leurs familles, leurs amis, leurs rêves…

Puis finalement, un jour en 1995, ils se réveillent et il n’y a plus de tirs de fusils. Après le long cauchemar de la guerre, le silence de la paix retentit. Ils s’assoient de nouveau à la même table, mais plus rien n’est pareil. Ils ne parlent plus de religion ou de politique… plus un mot. Ils savent que l’acte même de parler peut se transformer en coup d’épée mortel. Pour un étranger qui passe, cette rencontre du trio a tous les airs d’une rencontre paisible dans la chaleur suffocante de l’été bosniaque.

Mais eux connaissent la raison de leur silence. Comme s’ils marchaient sur des mines, aucun mouvement n’est permis. Tant d’émotions, de tristesse, de chagrin et de haines n’ont jamais explosé.

Les blessures non guéries apportent la stagnation et la désespérance
Par contre, Dieu « souffle où il veut » (Jean, 3-8). Ainsi, il souffle au-dessus de la Bosnie-Herzégovine. En 1997, Jean-Paul II visite la ville de Sarajevo. Sa prière à Dieu sera : « Verse en tous le désir d’un pardon mutuel. »

Des combattants pour la réconciliation
Dix-huit ans après la visite du pape, le père Simo Marsic, prêtre de Saravejo explique : « Les chrétiens, les orthodoxes et les musulmans doivent apprendre à transformer l’avenir ensemble »

Si cela semble une évidence, certains plongent dans la stagnation. Par contre, d’autres se jettent dans le tourbillon de la vie. Et ces derniers combattent cette fois, non pour diviser, mais pour réconcilier.

Le père Simo est l’un de ces combattants. Il est impliqué dans un nouveau centre pour les jeunes, lesquels proviennent de partout en Bosnie-Herzégovine, peu importe qu’ils soient catholiques, orthodoxes ou musulmans. Ils se rassemblent lors de rencontres de pastorale, des temps de formation ou bien d’activités de loisirs. La devise du Centre Jean-Paul II est « Rencontre et réconciliation – former ensemble un avenir de paix ».

Celui-ci est l’un des sept centres construits en Bosnie après la guerre. On les appelle « Les Écoles européennes ». Grâce à elles, de nombreuses personnes réfugiées sont revenues dans leur patrie. Sinon, elles ne seraient pas revenues, l’accès à l’éducation pour leurs enfants constituant un aspect essentiel.

ACN-20160104-34033Ces écoles, dirigées par les catholiques, sont ouvertes aux enfants de toutes les religions. Elles ont comme objectif de fonder une société de coexistence pacifique en Bosnie-Herzégovine. Grâce à elles, on peut espérer construire un pays uni.

Et c’est dans l’une de ces écoles que les enfants de Zdravko, d’Almir et de Dimitrije sont devenus des amis. Un jour, peut-être qu’ils prendront leurs pères par la main afin que, de nouveau, ils se sourient et se parlent l’un à l’autre. Comme au bon vieux temps.

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Dès ses débuts, l’AED a soutenu les Écoles européennes en Bosnie-Herzégovine, puisqu’elles sont à la fois des centres dédiés à l’éducation ainsi qu’au dialogue interreligieux. Vous aussi êtes appelés à plonger dans le tourbillon de la vie.