Récit d’un prisonnier chinois : « la miséricorde de Dieu a changé ma vie »


« La miséricorde de Dieu a changé ma vie »

Récit © ZenitZhang Agostino Jianqing, jeune détenu chinois de 30 ans, expliquait il y a quelques mois au Vatican comment il a choisi, en prison, le nom de saint Augustin comme nom de baptême. Ce sont les larmes de sa mère qui ont fait brèche dans le cœur du jeune homme alors qu’il était en prison. Et il n’a demandé le baptême qu’après avoir confié son amour du Christ à sa mère qui, quoique bouddhiste pratiquante, l’a encouragé à suivre son chemin. Il a reconnu dans sainte Monique, qui a pleuré et prié pendant quinze ans pour la conversion de son fils, devenu ensuite le grand saint Augustin, une image de sa propre mère. Un témoignage de la joie après des années de ténèbres. 

Arrivé en Italie avec son père à l’âge de douze ans, alors que sa mère était déjà en Italie depuis deux ans, Zhang s’ennuyait à l’école et faisait tout pour s’échapper. Selon ses propres paroles, il devenait peu à peu plus méchant, et il se disputait avec ses parents pour l’argent qu’il réclamait afin d’aller s’amuser. A seize ans, il partit travailler loin de sa famille, mais il passait ses nuits dans les discothèques, ne cherchant qu’à « s’amuser, avoir de l’argent, des filles », et il devenait « puissant, violent, superficiel ». Une « erreur » lui a valu, à dix-neuf ans, une condamnation à vingt ans de prison.

Le seul Chinois

En prison, il souffrit avant tout de ne pas comprendre l’italien, alors qu’il était le « seul Chinois ». Il rencontra beaucoup de difficultés, mais sans savoir où demander de l’aide. Il était désespéré et écrivait à sa famille en demandant pardon, encore et encore, pour la tristesse qu’il leur avait causée, et pour sa mère qui faisait 700 km « pour venir me chercher en prison, et qui pleurait ». Ce sont ses larmes qui l’ont aidé à percevoir le mal fait à sa famille : « Mon cœur tremblait, se sentait brisé, et le désir émergeait de ne plus faire souffrir » sa mère.

Avant son transfert à Padoue, il rencontre un bénévole – qui a été en 2015 son parrain de baptême – : « Cet homme a été le premier cadeau du Seigneur qui m’a fait miséricorde même quand je ne le savais pas ». Il a choisi le nom d’Agostino, après avoir connu l’histoire de saint Augustin d’Hippone et de sa mère sainte Monique, qui a versé tant de larmes pour son fils. Il y retrouvait un peu sa situation et les fleuves de larmes que sa mère a versées pour lui.

Il évoque ce bénévole de Belluno (en Vénétie) : « Son visage, son regard m’a semblé immédiatement familier, j’ai ressenti réconfort et paix intérieure, alors que je ne comprenais ni ne parlais l’italien. » Il ressent le besoin de se libérer du mal grâce à son regard de compassion : il s’est senti soutenu, encouragé.

La coopérative et le Chemin de croix

Après son transfert à Padoue, en 2007, il a l’occasion, grâce à un compatriote chinois, Andrea, de travailler dans une coopérative. Il se rend compte que les gens de la coopérative les aiment comme des personnes, pas comme des numéros ou des fiches. Et il lui vient le désir de recevoir le baptême pour être à son tour heureux. Les paroles de l’Évangile lui procuraient une joie jamais éprouvée auparavant, comme si elles étaient faites pour lui : « J’attendais le dimanche ! Et avec des amis prisonniers et la coopérative j’ai participé à une rencontre hebdomadaire. J’ai fait un chemin qui a fait venir en moi le désir d’être chrétien, mais je ne voulais pas que ce soit une nouvelle douleur pour ma maman parce qu’elle est bouddhiste très pratiquante. J’ai demandé conseil à des amis et au Bon Dieu pour voir clair pour moi et ma famille. »

« Le Vendredi saint 2014, à la fin du Chemin de croix, tous mes amis sont allés embrasser la croix ; moi aussi j’avais le désir de le faire, mais, pensant à maman, je n’y suis pas arrivé. Il me semblait la trahir une seconde fois. Je suis sorti de la chapelle et je me suis mis à pleurer de ne pas l’avoir fait. J’ai compris que j’étais amoureux de Jésus et que je ne pouvais plus me séparer de lui et j’ai appelé ma famille pour la faire venir. Maman est venue et je lui ai tout raconté en lui disant que je ne pouvais plus cacher mon amour pour Jésus. Après ces paroles, maman est restée immobile pendant cinq minutes qui m’ont semblé les plus longues de ma vie. Puis elle m’a dit : « Si tu penses que c’est quelque chose de juste pour toi, tu dois le faire, sinon je souffrirai encore plus. » On s’est tous mis à pleurer. J’ai pleuré comme un enfant. J’ai ressenti la présence du Seigneur dans l’amour de maman. Jésus a envoyé les siens me chercher : tous les amis rencontrés pendant mon parcours de catéchisme. Le 17 avril 2015, j’ai reçu le baptême, la confirmation, et la première communion dans la prison, pas dans un autre lieu, mais là où Jésus est venu me rencontrer et où j’ai rencontré Jésus. »

« La miséricorde de Dieu a changé ma vie, mais ce ne serait pas possible sans les frères et les amis de la prison de Padoue qui sont ici, tous, dans mon cœur, ils sont présents ici, et les prisonniers du monde qui n’ont pas eu la même chance. Merci de l’affection et de la tendresse que le pape ne manque pas de nous témoigner, pour les pages de ce livre [Le nom de Dieu est miséricorde], qui viennent du cœur d’un pasteur miséricordieux. Nous nous souvenons toujours de toi dans nos prières. »

Un témoignage qui ne fait que désirer mettre davantage en pratique ce que le pape François demande : qu’il y ait une Porte sainte dans les prisons pendant toute l’Année de la miséricorde, et pratiquer la visite des prisonniers, comme œuvre de miséricorde.

Source : Adaptation d’une information de Zenit